Inscrivez-vous
Des offres exclusives et événements gratuits
Les publicités soutiennent notre média culturel indépendant. Elles nous aident à :
En désactivant votre bloqueur pour atuvu.ca, vous contribuez à la vitalité de notre média et de notre communauté.
Merci pour votre soutien !
1. Repérez l'icône de votre bloqueur de publicité en haut à droite de votre navigateur.





2. Cliquez sur l'icône, puis désactivez le blocage pour le site atuvu.ca.
3. Actualisez la page.
Ouvrez le menu de votre navigateur (souvent trois points, en haut à droite), puis allez dans Extensions ou Modules complémentaires pour gérer vos bloqueurs de publicité.
Merci de contribuer à faire rayonner la culture d’ici.
J’ai assisté à la première mondiale de la nouvelle création des Grands Ballets Canadiens, Blanche-Neige et le Miroir. Ce spectacle est un chef-d'œuvre de poésie visuelle et je pèse mes mots : c’est un incontournable, un spectacle d’une inventivité rare qui vous happe dès les premières minutes. Je vous explique pourquoi il faut absolument y courir.
D'abord, oubliez presque tout ce que vous savez sur la Blanche-Neige des frères Grimm ou de Disney, car le chorégraphe français Etienne Béchard a réussi un tour de force : dépoussiérer un conte que l’on croyait connaître par cœur pour en faire un miroir de nos obsessions contemporaines, sans jamais en perdre la part d'émerveillement.
Si les archétypes demeurent (la Reine, la pomme, la forêt, les « Sept »), Béchard les projette dans notre époque saturée d'images. L'idée de génie est d'avoir fait du Miroir un personnage central, incarné par le formidable Étienne Delorme.
Danseur : Étienne Delorme. Crédit photo : Sasha Onyshchenko
Ce Miroir n'est plus un objet magique, c'est une intelligence artificielle. Une entité masquée, immortelle, accompagnée de ses propres IA aux mouvements saccadés, presque robotiques. C’est lui qui ouvre le ballet, nous plongeant d'emblée dans une modernité qui peut déstabiliser.
Pour accentuer cette réflexion, Béchard a intégré sa propre narration à différents moments des deux actes de ce spectacle. Sa voix désincarnée pose des questions philosophiques qui résonnent longtemps :
« Je suis reflet de vérité, mais, qui suis-je réellement? » ; « De quelle nature est ma conscience? » ; « Ma Reine, qu’est-ce que la beauté pour vous? ».
Cela ajoute une profondeur inattendue, transformant le conte en une quête d'identité à l'ère numérique.
Le scénario est affiné avec intelligence. Le Prince Charmant, qui « débarque comme par magie » à la fin, agaçait le chorégraphe. Il l'a donc fusionné avec le Chasseur pour créer « Chavalant » (interprété par Célestin Boutin). Ce personnage gagne un véritable arc narratif, tiraillé entre sa loyauté à la Reine et sa fascination pour Blanche-Neige.
Quant aux Sept Nains, ils deviennent « les Sept », des fragments de la personnalité de Blanche-Neige, des sortes d'amis imaginaires avec qui elle joue dans une scène mémorable très divertissante sur la musique de L'Apprenti sorcier de Dukas.

La conception du spectacle est à couper le souffle. La chorégraphie ose le mariage des styles de danse : le ballet sur pointes, très classique, côtoie une gestuelle fragmentée venant du contemporain, inspirée par la mécanique des avatars numériques.
Cette dualité se retrouve dans la musique, interprétée avec brio par l'Orchestre des Grands Ballets, sous la direction d'Andrei Feher. Les compositions électroniques et futuristes de Béchard lui-même s'entremêlent sans friction aux classiques. On passe du Concerto pour violon en mi majeur de Bach aux notes cristallines de « L'Aquarium » du Carnaval des Animaux de Saint-Saëns, qui transportent dans un monde onirique, à la Danse macabre, créant une union musicale d’une richesse incroyable.
Les costumes sont un élément clé de cette dualité. Ils sont signés Emma Paris, qui en est à sa troisième collaboration avec les Grands Ballets Canadiens, spécifiquement sur des spectacles d'Etienne Béchard. Leur conception a été faite à Montréal, à l'atelier de costumes des Grands Ballets. Le début du processus de réalisation remonte à il y a environ 10 mois, lors de la réception des premières maquettes. Une cinquantaine d'artisans ont travaillé à leur création à temps plein depuis cinq mois.
Ils ancrent les personnages : le Miroir et ses IA sont déshumanisés par des masques technologiques (un défi immense pour les artistes qui dansent ainsi couverts !), tandis que la Reine est définie par une élégance froide et Blanche-Neige par sa pureté. C'est un travail magnifique.

Visuellement, la scène est baignée de projections évoquant des fragments de verre miroitants. L'éclairage, les projections et les jeux d'ombres sont des éléments importants du spectacle.
Au deuxième acte, la magie du conte opère de la façon la plus spectaculaire. Un immense tissu se déploie d’une coulisse à l’autre, créant une forêt dense, mystérieuse, presque vivante. Soutenue par des bruits d’animaux et des froissements de feuilles, l'atmosphère devient dense. Les jeux d'ombre et de lumière sont superbes, dédoublant les personnages et transmettant au public l'angoisse de la fuite. C'est à la fois puissant et troublant.
Quelle distribution ! Les numéros d'ensemble sont d'une précision impeccable. Je les admire de danser avec des masques réduisant leur visibilité, et des gants, rendant les mouvements plus difficiles à exécuter.
J'ai été fascinée par la performance de Maude Sabourin dans le rôle de la Reine. Techniquement parfaite, hautaine à souhait, elle déploie des lignes et des jambes d'une longueur infinie.
Quant à Tuesday Rain Leduc, elle est une révélation. Elle sort magnifiquement du corps de ballet pour interpréter une Blanche-Neige pure, innocente et naïve. Elle n'a absolument rien à envier aux plus grandes.
Danseuse : Tuesday Rain Leduc. Crédit photo : Sasha Onyshchenko
Et la Blanche-Neige enfant, préadolescente, rend justice à ce rôle; bravo à Chloé Heininen, 12 ans, élève du parcours professionnel Multidanses à l'École supérieure de ballet du Québec.
Je dois aussi souligner la fluidité ahurissante des portés. Que ce soit pour la Reine ou pour Blanche-Neige (enfant et adulte), les danseurs les élèvent, les font tournoyer dans un feu roulant de mouvements. C’est puissant, précis, et rien n'accroche. C'est de la haute voltige.
Sans tout dévoiler de la fin, ne vous attendez pas à un simple baiser. Blanche-Neige reviendra à la vie, oui, mais malheureusement altérée et froide, inspirée par la machine. Une finale cohérente et troublante.
J’ai été profondément émue par tant de créativité, par cette mise en scène intelligente qui équilibre parfaitement l'émerveillement du conte et la pertinence du propos moderne, et par des performances physiques et artistiques qui frôlent la perfection. C’est un spectacle total, qui fait réfléchir.
Danseuse : Anaïs Roy. Crédit photo : Sasha Onyshchenko
Comme l'évoque Etienne Béchard : « Ce Blanche-Neige parle de nous, de notre peur de disparaître dans un flux d’images falsifiées, de notre désir d’aimer même si l’objet de cet amour est une illusion. »
Ce spectacle est présenté à la Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts à Montréal jusqu'au 26 octobre, à 14 h et 20 h selon la journée.
La série Les triplettes de l’auteure Ariane Michaud disponible aux Éditions Hurtubise, a été lancée...
Voir l'article >À l’extérieur des grands centres, sur les rives de la rivière au pied du pont couvert McVetty-McKenz...
Voir l'article >À l’occasion de la 24e édition des Sommets du cinéma d’animation, la Cinémathèque québécoise proposa...
Voir l'article >À l’occasion de la clôture du Festival International de Musique Actuelle de Victoriaville (FIMAV), i...
Voir l'article >Le festival Plus de filles sur la prog, organisé par le collectif Pasdefillesurlaprog, sera de retou...
Voir l'article >